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Interview de Jean-Michel CHALONS |
10 questions à Jean-Michel
Châlons, Président de SAPHIR
Dirigeant
enthousiaste et passionné, Jean-Michel Châlons sait que le
développement de sa PME passe avant
tout par l’adhésion de son équipe.
1 - SAPHIR
fête ses 20 ans le 12 novembre prochain. Vous êtes le créateur
del’entreprise .
Pourquoi et comment a été créée la société ?
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Pour deux raisons principales : D’une part, je travaillais depuis 10 ans dans une PME d’une trentaine de personnes, aux côtés d’un chef d’entreprise à la forte personnalité auprès de qui il était difficile d’émerger, mais qui m’a beaucoup appris ! Comme rien ne pousse à l’ombre d’un grand chêne, j‘ai eu besoin de « prendre l’air ». |
Et
enfin, en 1988, j’ai découvert l’environnement LabVIEW, avec lequel la
société travaille toujours, grâce à
un ami qui m’avait ramené des disquettes de démonstration des Etats
Unis.
Jusque
là je développais des logiciels de traitement de mesures sur de gros
ordinateurs, en langage Fortran.
LabVIEW
mettait en avant la description graphique sur Macintosh, avec des
concepts révolutionnaires à l’époque, dans un environnement simple et
intuitif. D’abord la découverte du potentiel nouveau des
microcalculateurs, la magie du copier/coller et surtout le passage de
la rédaction de série d’instructions textuelles vers la programmation
graphique … il y avait de quoi imaginer !
Mais le comble décisif a été la facilité déconcertante avec laquelle la description graphique d’un programme permettait d’exécuter divers processus en parallèle ; tâche on ne peut plus délicate avec les langages textuels habituels. C’est assez banal actuellement, mais en 1988, c’était vraiment révolutionnaire !
J’ai
créé l’entreprise en misant sur le potentiel qu’apportait ce nouvel
environnement.
L’actualité
donne encore raison à LabVIEW qui conserve après plus de 20 ans un
atout culturel majeur pour tirer le meilleur parti des calculateurs
modernes, en particulier des architectures multi-coeurs.
J’ai signé le premier contrat d’alliance avec la société américaine
National Instruments dès la création de
SAPHIR, entretenant depuis avec cette société une relation partenariale
forte.
Il
y a actuellement une vingtaine d’entreprises adhérentes à l’Alliance en
France et des centaines dans le
monde, qui exercent leur métier de développeur et d’intégrateur de
solutions pour le compte d’industries dans
tous les domaines ; sans compter de nombreuses sociétés de services qui
utilisent ces mêmes outils de
manière plus opportuniste.
2 – L’entreprise actuelle correspond-elle au concept de départ ? – A-t-elle évolué ?
L’objectif
de départ était de créer une micro entreprise performante, avec peu de
collaborateurs, une équipe
de 4 à 5 ingénieurs associés. J’étais plutôt dans une logique
d’indépendance, d’animation d’une petite équipe
horizontale.
Mais
dès les 2 premières années d’activité, l’entreprise avait évolué plus
vite que prévu, j’ai été très rapidement au dessus des prévisions. J’ai
dû embaucher et grandir, c’est le marché et les clients qui m’ont tiré !
Après
3 exercices euphoriques, nous avons subi un effet de la crise 1991-1992
et une récession de l’activité
avec la disparition brusque d’un client qui représentait plus de 20 %
du CA de l’entreprise, simultanément à la
forte élévation de nos charges fixes.
Depuis nous avons restauré une croissance régulière et maitrisée.
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Comme tout le monde, j’ai démarré la première année
dans le grenier de
la modeste maison familiale ; puis un premier déménagement nous à
ouvert 65 m² de garage partagé à 4 puis 5, le temps d’aménager une
confortable grange attenante, rapidement devenue étroite … Notre salle
de formation a dû céder la place à de nouveaux collaborateurs, cette
activité devant alors être délocalisée. La limitation d’espace a
restreint les embauches, le temps de trouver un nouveau local ! SAPHIR est depuis 5 ans installée en bordure de village à Barraux, dans une bâtisse du XIXème siècle, que je restaure par plaisir le weekend et où il fait bon travailler. Je suis persuadé que les locaux et le cadre contribuent beaucoup à la qualité de vie, donc à l’ambiance de travail. L’équipe SAPHIR, c’est actuellement 21 personnes, et la capacité d’accueil du bâtiment est d’au moins 30. Une grange attenante abrite une confortable salle de formation équipée de 8 postes. |
SAPHIR
est intégrateur de solutions. Nous sommes spécialisés dans le
développement d'applications de
numérisation et traitement de signal, l'intégration et le pilotage
d'instrumentation de mesure, l'automatisation
de procédés. SAPHIR partage sa connaissance par l’animation de stages
de formation à l’environnement
logiciel utilisé d’une part et à l’exploitation et la maintenance des
applicatifs réalisés d’autre part.
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L’environnement
de
développement logiciel LabVIEW sert à l’acquisition et au traitement
numérique du signal. SAPHIR intervient dans tous les secteurs
d’activités industrielles : -
constructions navales -
électronique -
cimenteries (mesure et régulation des procédés de fabrication du
ciment..), |
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Microélectronics, Dassault Electronique, Air Liquide, Areva, Arcelor, Eurovia, Cemagref... des entreprises qui mettent en oeuvre des procédés industriels importants.
Nous
intervenons autant en chaîne de production pour pilotage de procédé,
contrôle de qualité en ligne, …
qu’avec des services R&D pour la conduite d’études amont ou le
développement de procédés nouveaux.
4 – Etes-vous un chef d’entreprise fier de votre entreprise ? De quoi êtes-vous le plus fier ?
Certainement,
puisque ça fait 20 ans qu’elle existe et sans changer d’identité
sociale ! Dans ce type de
métier,
c’est assez rare. Je mise beaucoup sur la notion de pérennité : c’est
d’ailleurs ce que prétendait évoquer le nom emprunté à la pierre
précieuse. Et la culture entretenue à SAPHIR, nos méthodes de travail
prétendent préserver la pérennité.
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Je suis surtout fier de l’équipe. Outre sa compétence,
la cohésion
d’une équipe est sans doute la plus grande source de satisfaction, mais
aussi en revanche source de difficulté et de frustration. La meilleure
reconnaissance qu’un chef d’entreprise puisse avoir est dans l’adhésion
de son équipe à l’entreprise et à son projet. Ce n’est jamais gagné
d’avance mais c’est la véritable valeur de l’entreprise : l’esprit
d’équipe ! On partage beaucoup de temps et d’efforts ensemble, il est donc fondamental de protéger convivialité et communication. |
Nous
n’avons pas beaucoup de turnover. Au bout de 18 ans d’existence, on
constatait que plus de la moitié
des salariés enregistrés depuis le début étaient encore présents dans
l’entreprise.
La fidélité de la plupart de nos clients est aussi une grande fierté :
on n’a pas dû être trop mauvais ! Les
anglophones disent « loyauté » : j’aime assez.
5 - Quels sont vos projets pour l’entreprise ? - Comment voyez-vous son avenir ?
Jusqu’à
présent, SAPHIR vivait beaucoup sur la fidélité de ses clients
historiques, sur les recommandations
bienveillantes, sur ses relations avec le partenaire National
Instruments, qui représente une image forte et un
appui indéniable.
Cela a été couramment suffisant en termes d’activité pour ne pas avoir
à relancer un devis et pour avoir la
possibilité de décliner des affaires, de choisir (la belle époque !)
Ce n’est plus vrai aujourd’hui avec la crise : les projets mettent plus
de temps à déboucher, on commence à
connaître des périodes de sous-charge et je remonte à l’ordre du jour
la mise en place d’une véritable
stratégie commerciale !
Nous sommes en train de réfléchir également, par l’intermédiaire d’un
accompagnement de la CCI de
Grenoble (« Séminaire dirigeants : conduite de projets innovants ») au
développement de produits propres,
ce qui nécessitera obligatoirement d’avoir une activité commerciale
plus structurée.
Mais développer des produits ne ressemble pas à du développement sur
cahier des charges : ce sont deux
métiers différents qui demandent la mise en place d’une organisation
spécifique dans l’entreprise…
Je m’appuie sur l’équipe en lui demandant d’être force de proposition
pour définir une ligne de produits
(séances de « brain storming »). Un projet interne est déjà lancé avec
un responsable désigné, comme s’il
s’agissait d’une affaire pour un client, en l’occurrence plutôt
exigeant. Les ressources affectées sont à
géométrie variable, en fonction de la charge clients, tout en
préservant des objectifs et des moyens planifiés :
nouvelle affaire de compromis et de gestion dynamique de priorités …
6 – Quelles sont les questions sur lesquelles vous passez le plus de temps ? (ce qui vous paraît primordial quand on dirige une entreprise ?)
De plus en plus de gestion, de moins en moins de technique, mais la technique me passionne encore et je souhaite rester compétent, non seulement pour veiller, savoir de quoi je parle, mais aussi par intérêt personnel. Il m’arrive de partir en week-end, en vacances, en randonnée -même dans le désert- avec un dossier technique à traiter, avec plaisir et sans aucun scrupule !
Je
passe également plus de temps à faire du suivi commercial même si je ne
suis pas très actif sur la
prospection !
Mais le plus délicat, ce qui prend le plus de temps, c’est le
management de l’équipe. C’est ce qui affecte le
plus directement l’entreprise.
J’avais beaucoup sous-estimé dans le passé le temps à y consacrer, je
pensais que ça devait être naturel.
Avec l’expérience, j’ai pris conscience qu’il fallait prendre le temps
de l’organiser et plus de temps n’est jamais
assez …
Le défaut de communication en interne est un défaut majeur, lourd de
conséquences !
Se battre avec ses clients, ses concurrents ou ses banquiers est plutôt
un challenge amusant, mais se battre
contre son équipe n’est pas viable. La vraie difficulté est d’arriver à
maintenir la confiance de son équipe,
donc de la mériter.
Il n’est pas toujours évident d’évaluer la perception par toute ou
partie de l’équipe des informations diffusées,
et quelquefois mal interprétées ; les inquiétudes, plus ou moins
légitimes face à des situations ponctuelles
quelquefois difficiles, en particulier en période actuelle de crise
globale, sont à percevoir et à débattre
ouvertement, surtout pas à amplifier inutilement.
J’avais souffert du manque de transparence dans l’entreprise d’où je
venais, j’ai donc cherché dès le début à
être le plus transparent possible, quitte à justifier sur certains
points que la discrétion s’impose. J’aime à croire
que c’est apprécié.
7 – Dirigeant de PME : qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Je
ne pensais pas le devenir, et puis l’évolution de SAPHIR en a décidé
autrement !
J’y ai pris goût et c’est devenu une addiction, mais il faut bien
reconnaître que cela prend beaucoup de
temps, beaucoup plus que ce qui se dit, plus que raisonnable ! Je ne
vois finalement pas de distinction entre
temps de travail et temps personnel, tout est entreprise.
Pourquoi
faudrait-il dissocier deux mondes : vie professionnelle et vie privée ?
Le travail est l’activité majeure de ma vie et ça ne me dérange pas …
même si je milite encore pour le loisir ,
mais sans m’effrayer du mélange. J’ai couramment des difficultés à
défendre ce point de vue, que je ne veux,
ni ne pourrais, imposer à personne, mais seulement faire respecter.
Je crois aussi beaucoup au partage de l’information, à la communication
entre chefs d’entreprises. Même si je
suis loin de me reconnaître dans un moule d’entrepreneur, on s’aperçoit
que l’on n’est pas seul à partager les
mêmes difficultés, et cela rassure quelquefois ! C’est d’ailleurs ce
que je retrouve dans le réseau Ecobiz pour
les dirigeants de PME. J’ai également, avec trois confrères créé un
petit club informel destiné à échanger sur
les problèmes tant techniques qu’organisationnels que nous rencontrons.
8 - Votre épouse est présente
dans l’entreprise : la meilleure alliance ? la sécurité ?
le partage d’une passion ?
Effectivement mon épouse est très présente dans l’entreprise. Nous
n’avons pas suivi les conseils qui nous
avaient été donnés de ne pas travailler avec son conjoint, mais il faut
croire que nous formons finalement un
bon contre exemple !
En fait, j’ai créé SAPHIR sans son adhésion. Pour la progression de
l’entreprise, nous nous sommes installés
à Chapareillan. Elle a dû quitter son emploi et n’a pas retrouvé
l’équivalent dans la région.
Elle s’est impliquée dans l’entreprise à plusieurs reprises pour
m’aider, puis s’est prise au jeu et est
rapidement devenue un excellent complément de mes lacunes de
gestionnaire dont l’effet allait devenir
flagrant en grandissant. Depuis quelques années, elle est actionnaire à
mes côtés.
Nous
nous opposons volontiers sur des idées, mais c’est constructif. Elle
m’assiste énormément, se chargede la gestion. Elle absorbe les
lourdeurs et hérésies des contraintes comptables et sociales qui
freinent les
entreprises … ce qui me libère d’autant.
9 - Vous avez une autre passion, la montagne. Arrivez-vous à concilier la vie de chef d’entreprise et cette passion ?
Facile : l’entreprise est une montagne … de travail !
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Et gravir une montagne est aussi un sacré travail. Depuis mon arrivée en Rhône-Alpes en 1973 pour mes études, la montagne s’est révélée une vraie passion et c’est en montagne que j’ai rencontré mon épouse, avec la ferme intention d’y vivre. Qu’est-ce que concilier ? Oui, nous restons pratiquants de montagne et avec d’immenses plaisirs partagés mais pas toujours à la fréquence de nos désirs. Ce qui reste caractéristique, c’est que nous n’hésitons pas à allier entreprise et montagne : des images de montagne comme image de valeur de l’entreprise, l’esprit d’équipe, l’installation, pas par hasard, de l’entreprise face au Mont Blanc des dossiers professionnels emportés en montagne : quel meilleur cadre pour dénouer des difficultés ? |